Antipresse 72: NOUVELLEAKS par Slobodan Despot Pâques en Orient-et varia

Antipresse 72

N° 72 | 16.4.2017
Exergue

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Note aux lecteurs

L’Antipresse vous souhaite une magnifique et sereine fête de Pâques! Et comme la Pâque orthodoxe tombe en même temps cette année, nous ajoutons : Christ est ressuscité!

La rubrique ENFUMAGES était partagée entre Eric Werner et Fernand Le Pic. Désormais, les enquêtes du Pic paraîtront sous la rubrique ANGLE MORT, car c’est bien le sujet dont elles traitent…

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Dans ce numéro

NOUVELLEAKS par Slobodan Despot
Pâques en Orient

Ce dimanche de Pâques, mon hameau s’est réveillé sous une cape de neige, comme s’il avait voulu confondre la Résurrection avec la Nativité. On ne l’avait pas vue venir, celle-là. La journée d’hier a été un peu turbulente, mais sèche et tiède. Les précipitations sont rares à l’est du Baïkal, où l’on compte plus de trois cents jours de plein soleil par an. Durant la semaine sainte, j’avais vu la croûte blanche se rétracter comme par enchantement, laissant aussitôt la place à une volatile poussière de sable. La boue n’a pas le temps de s’installer, aux portes du désert.

A minuit encore, le ciel était dégagé. j’étais sorti de ma yourte pour passer à la petite église du village, neuve et charmante, mais qui me paraissait peu usitée. Comme je n’avais pas trouvé de transport jusqu’au monastère voisin de Batourino, à moins de cent kilomètres, c’était ma seule chance d’assister à la plus somptueuse liturgie de l’année. Las! La chapelle de bois était bien déserte, illuminée seulement par un néon concentrationnaire. Je suis revenu dans ma tanière avec un intense sentiment de solitude, par des rues sans réverbères, en terre battue, où le seul éclairage, de loin en loin, provenait d’une télévision s’agitant derrière la fenêtre d’une isba. L’électrification du territoire jusqu’au dernier hameau était la grande conquête de la Révolution, les postes de télé ont suivi et parachevé le nivellement. Les maisons de Sibérie sont surmontées d’étranges passoires: des antennes paraboliques à claire-voie conçues pour résister aux vents et aux blizzards. Rien ne doit interrompre le flux du divertissement.
Terres de conquête

Ce calembour climatique n’est-il encore qu’une bourrade des Déités et des Vents à la religion du Fils de l’Homme? En Orient, on se prend malgré soi à personnaliser le destin, à lui prêter une figure grimaçante ou goguenarde. A mesure qu’on s’éloigne de la mesure méditerranéenne, du pouls dense de la civilisation d’Europe, du rythme qui nous est coutumier des paysages et de l’habitat, d’autres clefs et d’autres gammes commencent à nous hanter l’esprit.

Ainsi suis-je parti, ces deux derniers jours, à la découverte d’Oulan-Oudé, jadis Verkhneoudinsk, capitale de la Bouriatie et poste stratégique à la croisée des voies ferroviaires qui contrôle tout le sud-est russe. C’est que je loge pratiquement en banlieue, à 200 kilomètres. Trois heures de bus à l’aller le matin, trois heures le soir. Voici quelques années, on a déterré les vestiges de la vieille fortification d’où la ville est née en 1666. J’ai admiré ces poutres ensablées avec une pensée intense pour la témérité des cosaques qui avaient établi ce poste avancé, qui n’était à l’origine qu’un hivernage. Sous la butte, à leur pieds, ils voyaient l’Ouda et la Selenga s’entortiller paresseusement, comme un couple de serpents lascifs. Ce n’est pas une simple affaire de symbolisme si le caducée d’Hermès aux deux serpents lovés est entré par la suite dans les armoiries de la ville, avec une corne d’abondance, c’est aussi une description et un présage. Larissa elle-même, ma guide bouriate, s’émerveillait avec fair-play de la grandeur de vision de ces hommes, créant une ville à partir de rien, au lieu le plus improbable. Au siècle suivant, c’était déjà un comptoir. Puis, sous Catherine la Grande, les oukazes sont tombés qui transformaient les fortins et les campements en cités, ou qui les vouaient au déclassement. Pour être une ville, on devait avoir des rues se croisant à angle droit, avec des fondations en pierre. En Mongolie comme à Moscou. Ici, construire en pierre est une folie; mais pas question de tricher!

Avec le développement de la route du thé, ces régions connurent un développement prodigieux, et les villes en garde des traces. Théâtres, bals, hôtels particuliers, robes à la dernière mode française. Les hommes les plus riches et les plus entreprenants de Russie vivaient ici, et donnaient à la communauté sans compter. Beaucoup appartenaient à la Première guilde marchande, dotée de privilèges exorbitants — ouvrir des usines, commercer avec l’étranger ou éviter le service militaire — mais aussi lourdement taxée.

Puis la modernité arriva. Avec l’ouverture du canal de Suez et du Transsibérien, la route du thé tomba en désuétude. Des fortunes s’envolèrent, des pays de Cocagne — comme dans l’Ouest américain — devinrent villes fantômes. Les sables avancent vite. L’opulente Kiakhta, au sud, n’est plus qu’une bourgade dotée d’un musée démesuré qui semble appartenir à une capitale. En revanche, Oulan-Oudé, nœud ferroviaire, gagna en importance. Les Bouriates s’enorgueillissent d’être officiellement la population la mieux instruite de la fédération russe (ce qui n’est pas rien). Leur métropole, qui concentre la moitié de toute la population (900’000 habitants sur un territoire grand comme l’Allemagne), héberge une vie culturelle surprenante et inattendue. Théâtre russe, théâtre national bouriate, festivals, et surtout cet opéra colossal comme une pièce montée qui évoque la folie d’un Fitzcarraldo.

Aujourd’hui, avec l’établissement de la liaison ferroviaire (marchande) Londres-Pékin, et le développement de la nouvelle route de la soie, le milieu du bloc eurasiatique se transforme peu à peu en axe du monde, et il commence à en prendre conscience. Quoi qu’il doive arriver dans les années à venir, cette aire sera incontournable. Par une autre ironie des Déités et des Vents, ceux qui en auront le plus besoin — les Européens — seront les derniers à s’en apercevoir.
Le corridor retrouvé

«Vous ne voyez pas l’importance du corridor, vous, les Européens?» me secoue mon ami Baïr. Baïr est peintre et grand érudit de la culture mongole. Il réfute cette appellation de «Bouriate» qui selon lui ne rime à rien, sinon à escamoter l’identité réelle de son peuple. Comme la grande majorité des siens, c’est aussi un ardent patriote russe. Pour lui, comme pour les Russes d’ici, la symbiose des deux ethnies est un fait acquis et naturel. La frontière occidentale de son pays se situe là où commence l’espace Schengen.

Baïr est passionné par l’histoire. Il a suivi à Leningrad les cours du grand historien des civilisations Lev Goumilev. Pour lui, le «corridor» eurasiatique est la donnée de base de tout notre continent.

«Regarde, c’est évident: à l’est, la toundra puis le Pacifique; au nord, la taïga, la taïga et puis la glace; au sud, le désert infranchissable; à l’ouest, les plaines fertiles, les routes, les vergers, la mer Noire… l’Europe! Depuis la nuit des temps, cette ceinture fait vivre le continent. Alexandre le comprenait bien, lui.»

Alexandre, oui. Et Marco Polo. Et Gengis Khan. Et les Cosaques intrépides. Et les marchands habiles, russes, allemands ou juifs. Puis, un jour, on l’a oublié. Le cœur du continent a cessé de battre. C’était il y a un siècle exactement. Les bolchéviques sont arrivés. Ils ont exproprié «au nom du peuple» ces marchands et ces industriels qui le faisaient vivre. Ils avaient la science sociale, ils allaient faire mieux: planifier, redistribuer… Ils ont commencé par piller et détruire. A Oulan-Oudé, ils ont miné la magnifique cathédrale et transformé la église de la Mère de Dieu Hodighitria («qui indique le chemin») qui lui faisait face en musée de l’athéisme. Quarante «exploiteurs du peuple» furent alignés contre le mur d’une charmante chapelle du marché et fusillés.

Ma guide me raconte avec une émotion non feinte l’histoire du marchand Kourbanov, maître verrier, qui s’adressait tous les matins à ses 800 employés en leur disant «Messieurs!». Un jour, le canon sur la tempe, il vint leur annoncer qu’il n’était plus leur patron, que l’usine était à eux désormais. Ils n’en voulurent pas. On lui intima de mettre à disposition ses ouvriers pour la guerre civile. Il refusa et fut jeté en prison. Ses employés firent l’émeute autour du bâtiment de la Tchéka.

Ce fut le même scénario partout. La Russie, trait d’union des civilisations, devient une «planète silencieuse», comme dans le roman de C. S. Lewis. L’utopie socialiste amena le pays au bord du gouffre. L’URSS, des décennies durant, a dû reconstruire une société malgré ses principes idéologiques et non avec eux. Tout en prêchant la révolution, on rafistolait un système hiérarchisé, conservateur et protectionniste.

Je n’ai pas osé demander à Larissa si on avait puni les responsables de ces liquidations et de ces pillages. Elle ne les approuvait pas, cela se sentait, mais la question l’eût embarrassée. Ici, comme dans toute la Russie, on a réhabilité les victimes, mais on a évité de trop montrer du doigt les coupables. C’eût été scier sa propre branche. Après tout, les générations actuelles descendent de ce système, et elles s’entendent bien. Sur la place d’Oulan-Oudé trône la plus grosse tête de Lénine au monde (42 tonnes de bronze). Nul ne pense à miner l’effigie de ce criminel. Au contraire, on s’enorgueillit du prodige technique. Ôtez Lénine: vous le remplacez par quoi? La statue du Tsar? Un monument aux martyrs? Qu’en diront les Bouriates? Les descendants des combattants de la Grande guerre patriotique? Avec une sagesse orientale — qui pour nous, Occidentaux, paraît une hypocrisie —, on passe sur ces drames comme chat sur braise. Le devoir de mémoire, ici, est un devoir d’oubli. Tôt ou tard, le sable recouvrira même la calvitie de Lénine.
Exil et résurrection

La tête emplie de cette histoire dont nous ne savons pas un traître mot, je rumine dans le minibus qui me ramène au Baïkal. On voyage entassé, les sacs sur les genoux. La route cahote, les amortisseurs sont fatigués. Çà et là, le chauffeur quitte la nationale et s’engage aussitôt sur la terre battue. Des villages improbables surgissent derrière les bouleaux, des babouchkas descendent péniblement, le fichu sur la tête, les mains pleines de cabas. Sur le bas-côté, non loin du but, un autre minibus est tombé en panne. On embarque ses passagers sans broncher et l’on continue, serrés comme des sardines. La nuit tombe et je vois, fasciné, de faibles lumières s’allumer dans les bois. Qui peut bien vivre dans ces isbas solitaires minuscules, construites autour de leur poêle en terre sur lequel dort invariablement un grand-père rhumatique?

Le nombril du monde fut aussi de tout temps une terre d’exil. Au XIXe siècle, on expédia ici les turbulents Décembristes se calmer et se refaire une santé. Bien avant, ce fut Pierre le Grand qui déporta vers l’Orient les Vieux croyants qui refusaient ses réformes d’inspiration protestante. La plus féroce persécution religieuse de l’empire russe fut dirigée contre sa propre foi. C’est ici encore que le Baron fou, von Ungern-Sternberg, se replia, espérant renverser le pouvoir soviétique avec l’aide des Mongols et des Cosaques. Il est resté dans l’histoire pour ses cruautés de dément.

L’héritage de Pierre et des Lumières est aujourd’hui profondément remis en question, mais les Vieux Croyants sont toujours là, silencieux, éparpillés dans les campagnes. La Russie poutinienne est eurasiatique et spiritualiste. Elle œuvre au réenracinement sous toutes ses formes, n’attendant plus rien de l’universalisme occidental.

En sortant de ma yourte enneigée, je suis tombé sur des dames mongoles qui m’ont salué par un «Christ est ressuscité!» «En vérité, Il est ressuscité», ai-je répondu. Il ne nous laisse jamais seuls.
CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe
À la découverte d’un zutiste

J’avais prévu de vous entretenir d’un livre que m’a prêté Slobodan, dont il m’avait parlé sans l’avoir lu. Hélas, je l’ai trouvé trop mauvais (le livre, pas Slobodan) et du coup je me suis retrouvé un peu «à sec» jeudi soir pour remplir mes obligations cannibalo-lectrices et néanmoins dominicales. De passage vendredi dans nos bureaux déserts (le Vendredi Saint est férié dans plusieurs cantons suisses) afin d’y régler quelques affaires pendantes (qu’il suffit de suspendre d’une main alerte pour pouvoir passer ensuite à autre chose), mon regard se posa sur les deux hautes piles en équilibre instable constituées des livres et épreuves que j’ai reçus ces derniers temps et auxquels je n’avais pas encore pris le temps d’accorder la moindre attention, celle-ci ayant été uniquement concentrée jusque-là sur l’acrobatique exercice consistant à rajouter un livre nouvellement arrivé sur l’une des deux piles (après avoir un bref instant hésité sur le choix de l’heureuse élue) sans la faire choir (avec l’inévitable effet domino qui la fera forcément s’orienter, comme aimantée, vers sa tour jumelle si elle venait à décider que c’en est trop pour elle).

J’en ai extrait délicatement celui que les Éditions de l’Aire ont eu la bonne idée de m’envoyer: le dernier livre de Gilbert Pingeon, Zut (sans point d’exclamation), dont la couverture est ornée d’une belle illustration du peintre chaudefonnier Jean-Michel Jaquet. Auteur d’origine neuchâteloise, Gilbert Pingeon a déjà commis nombre de livres: de la poésie, des romans, des nouvelles, son journal… bref plus de vingt-cinq livres publiés depuis plus de trente ans. Avec un succès qui n’a hélas guère passé les frontières de la Suisse: je serais curieux de savoir combien de lecteurs d’Antipresse hors Suisse ont déjà vu son nom ou lu un de ses livres…

L’explication du titre m’est donnée par la dédicace que m’a faite l’auteur: «…et zut et rezut! on ne se lasse pas de répéter ce si joli mot». Or c’est bien du goût des mots dont il s’agit ici dans ce recueil de textes courts (de quelques lignes à quelques pages), ordonnancés en neuf chapitres, et dont plusieurs s’apparentent très clairement à la nouvelle, d’autres à la fable ou au conte. Le chapitre intitulé «La librairie Vercingétorix» a forcément attiré mon regard, et c’est celui que j’ai lu en premier. Si certaines histoires qu’il contient sont de l’ordre de l’anticipation (sur un monde sans livre, et naturellement constitué d’individus illettrés), d’autres semblent tirées de l’expérience de l’auteur: c’est du «vécu», comme on dit. Mais qu’elles soient issues du réel ou imaginaires, elles savent toutes «dire» quelque chose, et ce n’est pas à une simple promenade littéraire que nous convie ici Gilbert Pingeon.

Malgré le titre de cette chronique, Gilbert Pingeon n’est pas un «zutiste» au sens propre du terme: il est bien trop jeune pour avoir été membre de ce groupe auquel appartenaient Verlaine, Rimbaud et Richepin, entre autres. Mais la qualité de sa plume est indéniablement poétique et littéraire. C’est un plaisir des yeux et de l’esprit que de vagabonder dans ces textes drôles, fins, jouissifs, et diablement bien écrits.
ANGLE MORT par Fernand Le Pic
Matraquage au Tomahawk

Le 7 avril 2017, Donald Trump donnait l’ordre à deux de ses navires d’envoyer une salve de 59 missiles de croisière Tomahawk BGM–109 sur une base militaire syrienne proche de Homs, mais aussi de Damas.

Il y a trois ans, quasiment jour pour jour, le 10 avril 2014 pour être précis, le prédécesseur de Donald Trump envoyait un autre Donald en Mer noire: le destroyer Donald Cook, équipé du système électronique dernier cri «Aegis», et lui aussi les cales pleines de Tomahawks. Seulement voilà, un Soukhoï Su–24 russe avait pu simuler une douzaine d’attaques autour du navire américain, probablement en aveuglant électroniquement les instruments de mesure du bâtiment US, sans doute grâce au système «Richag-AV». Sept mois plus tôt, Obama avait déjà annulé in extremis sa fameuse attaque massive et coalisée contre la Syrie. Pourtant tout était fin prêt et François Hollande trépignait d’engager la France dans cette guerre (sans parler de la Cour de Riyad), elle aussi justifiée par des attaques au gaz imputées au gouvernement Assad. Pourquoi un tel renoncement? La rumeur évoquait là encore les dispositifs de contre-mesures («jamming») russes qui auraient pu neutraliser, aux yeux d’une presse archi-mobilisée et d’autant plus médusée, ce fleuron des matraques américaines qu’est le missile Tomahawk. Un joujou à plus d’un million de dollars pièce mais dont la mise à feu coûte aussi le prix d’une énorme logistique (navires lanceurs, centres de contrôle, équipages, etc.)

Imagine-t-on un instant que les militaires et leurs fournisseurs en seraient restés là, les bras croisés, mettant au rebut un programme qui leur a coûté 5,3 milliards de dollars? On s’est donc dépêché de sortir une version capable de contrer le jamming russe. Il était évidemment hors de question de reconnaître publiquement le retard américain et il a fallu à l’époque justifier d’investissements supplémentaires, au profit du fabriquant Raytheon, sans faire trop de vagues médiatiques.

C’est ainsi que, dès juillet 2014, l’US Navy demandait au congrès une rallonge de 82 millions de dollars afin de doubler sa tranche d’achats de Tomahawks pour l’exercice 2015, passant de 100 à 196 unités. La révision technique du stock d’engins à mi-vie en donna le prétexte. En effet, les Tomahawks BGM–109 ou «Block IV», tous fournis en 2004, ont une durée de vie de trente ans et doivent être recertifiés au bout de quinze ans, c’est-à-dire au plus tard pour 2019, avec pour conséquence un retour à l’usine. Entretemps, l’US Navy devait disposer d’un stock de substitution aux missiles partis en révision, d’où cette commande supplémentaire pour boucher les trous.

Le Pentagone avait prévu d’échelonner ces révisions techniques entre 2016 et 2019 et d’attendre la mise en production d’une nouvelle version des Tomahawks pour reprendre ses achats annuels. Raytheon n’avait d’ailleurs pas trop à en souffrir puisque le budget de recertification pour l’ensemble du stock de Tomahawks a été évalué à environ 600 millions de dollars.

Mais à y regarder de plus près, on découvre aussi que le Congrès débloqua un autre crédit spécial de 150 millions de dollars afin d’équiper les Tomahawks en révision, de nouveaux instruments de navigation et de communication, améliorant notamment ses capacités de réorientation grâce au système «Active seeker».

L’objectif officiel de l’«Active seeker» est de toucher des cibles mouvantes mais le résultat est équivalent si c’est le missile lui-même qui a été dérouté. Lorsqu’on sait que le jamming permet justement de désorienter ces missiles, cette ligne de crédit anodine prend un sens beaucoup plus stratégique. Les choses se sont d’ailleurs confirmées en 2016 avec un nouveau budget, cette fois de 439 millions de dollars, accordé pour finaliser les mises au point. Un essai réussi en 2016, effectué au large des côtes sud de la Californie et dirigé depuis le centre de commandement de la Ve Flotte de Manama à Bahreïn, confirmait qu’on pouvait aller de l’avant.

Il y a donc tout lieu de croire que la salve de 59 de ces missiles nouvellement équipés avait valeur de test grandeur nature. Tout comme il y a lieu de croire les Russes lorsqu’ils déclarent que seule une vingtaine d’entre eux ont atteint leur but, les autres ayant été vraisemblablement déroutés par leurs contre-mesures. Le fait que les militaires américains répondirent que les missiles avaient tous rempli leur mission n’est nullement contradictoire. Le but était de mesurer combien pouvaient passer. Combien pouvaient franchir, contourner ou saturer les barrières électroniques des forces russes, alors même qu’elles étaient prévenues. Il est atteint.

Trump vient en effet d’expliquer au Kremlin que ses nouveaux Tomahawks sont opérationnels et que leur taux de réussite, même de 50%, est suffisant pour laver l’humiliation de 2013 essuyée par Obama. Ce faisant, il adopte une position extrêmement offensive envers le Kremlin dont la réponse immédiate donne la mesure. La décision russe d’interrompre la ligne de communication militaire destinée à laisser l’aviation de l’OTAN et ses affiliées traverser le ciel syrien sans heurts, signifie bien que ce passeport a été retiré.

Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, les missiles tirés n’arrivaient donc pas du tout à leur date limite de péremption, au point qu’il aurait coûté moins cher de les lancer que de les détruire. Les interprétations subséquentes selon lesquelles cette opération n’était destinée qu’à un objectif de propagande interne aux États-Unis pour redorer le blason de Trump ne sont à cet égard pas crédibles et l’éviction de Steve Bannon du National Security Council, 48 heures avant les opérations, n’a évidemment rien de cosmétique.

Quant au prétexte de l’attaque chimique, il n’était évidemment qu’un habillage de fin de série, mais ça, on le savait déjà. Toutefois, le fait qu’on n’ait pas éprouvé besoin de lui insuffler une once de crédibilité, sans pour autant que les masses rechignent, en dit long sur le niveau d’apathie populaire face au mensonge d’État d’une démocratie intrinsèquement falsifiée.

Mais les officiers du Pentagone s’en moquent. Les militaires n’ont pas vocation à vivre en démocratie, ils se contentent de gérer et faire durer leur propre royaume, toujours plus puissant, robotisé, impersonnel et clos.
Le désinvité de la semaine
PHILITT : un projet culturel contre le «fanal obscur»

La blogosphère est saturée de sites plus ou moins crédibles, plus ou moins redondants, qui s’occupent des «grandes questions» sur lesquelles leurs auteurs n’ont aucune prise — et nous non plus. Et puis, il en est qui sont de véritables plateformes de culture et d’instruction, tout en exposant une vision du monde propre et affirmée. PHILITT — site et revue — fait partie de ces perles. Nous avons donné carte blanche à son animateur Matthieu Giroux pour exposer sa démarche.

dd S. D. /dd

L’esprit de PHILITT

«Et tout le reste est littérature.» Ce vers de Verlaine qui signifie, dans le langage courant, «Et tout le reste est sans importance» constitue la parfaite antithèse du projet défendu par PHILITT. À nos yeux, la littérature est tout sauf anecdotique. La littérature est même essentielle car elle est un moyen de nourrir les âmes. Il y a plus dans un roman de Balzac ou de Dostoïevski que dans toute la production sociologique ou psychologique dont notre époque se gargarise. Un grand écrivain propose une vision du monde totale et échappe, par conséquent, à la «barbarie de la spécialisation» dont parlait Ortega y Gasset. Il n’y a que l’arrogance de l’esprit moderne, qui est un «esprit» dégradé et appauvri, pour ne pas comprendre ce que la littérature peut apporter. L’entreprise de PHILITT est d’abord littéraire et philosophique. Elle est aussi, si l’on veut, esthétique, mais encore faut-il s’entendre sur le sens de ce mot. Nous ne sommes pas des esthètes, des dandys creux qui font la promotion de l’art pour l’art. Le Beau ne nous intéresse que dans la mesure où il fait signe, que dans la mesure où il renvoie vers une transcendance. Le Beau n’est beau que s’il est aussi bon et vrai. C’est le kalos kagahtos des Grecs.

PHILITT se définit également comme une revue antimoderne. Ce qui implique que nous ne sommes ni «conservateurs» ni «réactionnaires» ni «traditionalistes», bien que nous ayons de l’admiration pour nombre de représentants de ces courants de pensée. Respectivement: Burke, Maistre, Guénon. Nous ne sommes pas non plus «postmodernes» car nous avons parfaitement conscience d’être des modernes. Nous ne souhaitons pas un retour folklorique au passé ni pasticher l’ancien monde. Nous sommes donc antimodernes au sens où l’entend Antoine Compagnon, c’est-à-dire que nous sommes fatalement modernes tout en restant hostiles aux dérives de l’idéologie du progrès, le fameux «fanal obscur» dont parlait Baudelaire. Contre le matérialisme, nous valorisons la spiritualité. Contre l’individualisme, nous prônons les anciennes solidarités. Contre l’homme unidimensionnel, nous défendons l’idée d’une nature humaine plurielle. Nous pensons par ailleurs que, sans Dieu, l’homme se défait. Car, en dernière instance, l’argument dostoïevskien – «Si Dieu n’existe pas tout est permis» – est difficilement réfutable.

PHILITT a pour ennemi les lieux communs, de quelque bord qu’ils soient. D’un côté, nous dénonçons le vieux conformisme «de gauche» hérité de mai 1968 qui qualifie de «fasciste» toute pensée un tant soit peu attachée à l’idée de nation ou sceptique sur les bienfaits du libéralisme. De l’autre, nous dénonçons le nouveau conformisme «de droite» qui, en même temps qu’il ironise sur l’antifascisme soixante-huitard, n’hésite pas à traiter la question de l’islam sur le mode du «fascislamisme» ou du «fascisme vert», montrant ainsi son inconséquence la plus totale. Plus que tout, PHILITT se méfie de l’esprit partisan et de ce que Péguy appelait la «pensée habituée». Nous estimons qu’une pensée doit conserver son caractère organique, qu’elle doit sans cesse se renouveler, dépasser ses propres paradoxes pour échapper à l’écueil de la «solidification». En d’autres termes, les sagesses du passé ne nous intéressent que dans la mesure où elles sont encore vivantes et contiennent quelque chose d’intemporel. Un intemporel que la modernité s’est fait une joie d’oublier.

Dans les faits, PHILITT développe depuis 2013 un site entièrement gratuit qui propose plusieurs centaines d’articles traitant de philosophie, de littérature, d’histoire et de cinéma, des dizaines d’entretiens avec des personnalités de tout bord (Gauchet, Compagnon, Villepin, Astor, Brague, Taguieff, Tesson…) et des dossiers thématiques sur nos auteurs préférés (Dostoïevski, Péguy et Bernanos). Depuis 2015, nous déclinons PHILITT sur format papier avec une revue tirée à 500 exemplaires. Le dernier numéro vient de paraître et a pour thème «Le salut par la politique». Vous y trouverez des articles sur Guénon, Maistre ou encore Péguy. Nous vous encourageons fortement à vous le procurer car c’est notre seule source de revenus. Les ventes d’un numéro nous permettent d’imprimer le suivant!
Main courante
TECHNOLOGIE | Tous abrutis par le GPS?
ISRAËL | Un acronyme un peu… ambigu
SERBIE | Ils défilent… mais pourquoi?
ISLAM | Le Tadjikistan préfère la tradition au tchador
SYRIE | L’article que le Daily Mail a supprimé
BOURSE | Que reste-t-il de l’or?
GUERRES | L’amertume d’un grand photographe

log.antipresse.net. Souvenir d’un temps où la presse faisait réfléchir.
Pain de méninges
Après les peuples, les castes

«Au lieu de peuples et de nations, l’humanité devenue une sera divisée en castes, seul et dernier moyen de sauver quelques particularismes, qui méritaient l’honneur de ne pas disparaître. A chaque caste il sera permis de garder un style et la diversité dans l’uniforme ira se perpétuer là, dans le plus fort de ces retranchements entre lesquels s’étendront les distances invisibles. Déjà la formation de ces castes se devine, elles existent en puissance et l’implicite sera demain l’explicite: aux nations à présent inutiles, à l’aveA

nir inconcevables, les classes iront se substituer, les castes remplaçant les peuples abattus. Nous sauvegarderons les acquêts les plus précieux de cinq mille ans d’Histoire et même un lot de traditions divergentes au fort de notre œcuménisme, mais nous les confinerons dans le sein des castes vivant côte à côte, opposées et superposées.»

— Albert Caraco, «Du style», in Le tombeau de l’histoire
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Auteur : erlande

68 ans;45 ans d'expérience dans la communication à haut niveau;licencié en lettres classiques;catholique;gaulliste de gauche à la Malraux;libéral-étatiste à la Jacques Rueff;maître:Saint Thomas d'Aquin:pro-vie sans concession.Centres 'intérêt avec connaissances:théologie,metaphysie,philosophies particulières,morale,affectivité,esthétique,politique,économie,démographie,histoire,sciences physique:physique,astrophysique;sciences de la vie:biologie;sciences humaines:psychologie cognitive,sociologie;statistiques;beaux-arts:littérature,poésie,théâtre,essais,pamphlets;musique classique.Expériences proffessionnelles:toujours chef et responsable:chômage,jeunesse,toxicomanies,énergies,enseignant,conseil en communication:para-pubis,industrie,services;livres;expérience parallèle:campagne électorale gaulliste.Documentation:5 000 livres,plusieurs centaines d'articles.Personnalité:indifférent à l'argent et aux biens matériels;généraliste et pas spécialiste:de minimis non curat praetor;pas de loisirs,plus de vacances;mémoire d'éléphant,pessimiste actif,pas homme de ressentiment;peur de rien sauf du jugement de Dieu.Santé physique:aveugle d'un oeil,l'autre très faible;gammapathie monoclonale stable;compressions de divers nerfs mal placés et plus opérable;névralgies violentes insoignables;trous dans les poumons non cancéreux pour le moment,insomniaque.Situation matérielle:fauché comme les blés.Combatif mais sans haine.Ma devise:servir.Bref,un apax qui exaspère tout le monde mais la réciproque est vraie!

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