Antipress N° 62 | 5.2.2017 – Slobodan Despot :enquête sur la mort d’un pilier de la presse suisse, L’Hebdo, et se lance sur les traces d’un tueur en série-et varia

Antipress
À moi

N° 62 | 5.2.2017

Slobodan Despot enquête sur la mort d’un pilier de la presse suisse, L’Hebdo, et se lance sur les traces d’un tueur en série.

Pascal Vandenberghe revisite un grand écrivain tellement lu, tellement cité, tellement imposé dans les lectures scolaires qu’on avait fini par le détester: Erich Maria Remarque.

Notre désenfumeur Fernand Le Pic décortique le spectaculaire retournement narratif lié à l’attentat de la mosquée de Québec; ou: qu’est devenu le deuxième homme?

Note 1

Comme annoncé dans le dernier numéro, je publie ici la contribution que la rédaction de L’Hebdo m’avait demandée pour son ultime numéro et qu’elle a eu le fair-play de publier sans altération. La suite de mon article «Qui a (vraiment) tué la presse papier?», à partir du deuxième sous-titre, est un prolongement inédit. (SD)
Note 2

Le log de l’Antipresse accueille depuis quelques semaines, et à votre insu, de nouveaux rédacteurs. Ce service n’est pas signé, mais il est rédigé désormais, dans certains domaines précis, par des spécialistes de pointe révoltés par la désinformation régnant dans leur profession. Cette semaine, nous accueillons ainsi la contribution d’un grand médecin sur l’«arnaque» du vaccin antigrippal.
NOUVELLEAKS par Slobodan Despot
Qui a (vraiment) tué la presse papier?

Qui a assassiné L’Hebdo? Qu’est-ce qu’on a oublié d’examiner durant l’autopsie? N’aurions-nous pas affaire à un tueur en série? Et autres mystères cachés dans les abattoirs de la presse…
Requiem non larmoyant

La Suisse romande parle français, consomme de la télévision et de la presse françaises, mais ne pense pas français. Elle ne pense pas non plus alémanique. Elle ne pense même pas tant «romand» que cantonal. Au milieu de ce creuset de particularismes, il y avait un magazine qui ambitionnait d’élever le regard par-delà les bocages, de relier le particulier à l’universel. L’idée était audacieuse, l’espace de manœuvre millimétré. Par-delà ses partis pris, L’Hebdo de Jacques Pilet instaurait un forum où la culture, la politique et les questions de société laissaient leurs couleurs locales au vestiaire. Un dress code chic selon les uns, snob selon les autres. Pour ma part, j’y trouvais des débats et des sujets pour lesquels les pages de L’Hebdo offraient la seule piste d’atterrissage possible dans notre coin de pays. C’était malgré tout un outil de désenclavement. Faut-il être myope pour se réjouir de sa disparition!

Mais je ne me joindrai pas au chœur des pleureuses. On m’a demandé un témoignage, non des condoléances.

Pour croître et durer, L’Hebdo n’avait que deux options: soit s’implanter fermement dans son pot, soit étendre son terreau. Il en a choisi une troisième en forme d’oxymore: l’internationalisme provincial. Il s’est arc-bouté sur une prédication européiste qui n’intéressait personne depuis 1992 et faisait sourire hors frontières, là où l’on vivait ces illusions plutôt qu’on ne les rêvait. Comme sa religion ne «vendait» plus, il s’est mis à vanter les terrasses de Suisse romande en parodiant L’Illustré. De fait, ce n’étaient pas les «sujets sérieux» qui fatiguaient le public, mais bien la rigidité mécanique et la ringardise de l’approche. L’Hebdo a connu une forte érosion de ses abonnés durant la dernière décennie sans jamais se remettre en question. Car ce n’était pas un désaveu: c’étaient juste des réacs qui n’avaient rien compris!

Ayant curieusement été coopté au «Forum des 100», j’ai assisté voici quelques années à un «petit déjeuner» organisé par Ringier. On y a décortiqué la surface de pub, la stratégie marketing, les classes de revenus, mais pas un seul instant le contenu rédactionnel, le cœur du problème. Je me suis dit alors que l’affaire était pliée. Le destin de L’Hebdo résume à lui seul la tragédie de l’idéalisme soixante-huitard dont il était l’un des derniers échos. A force de vouloir rectifier la raison des gens, il a été rectifié par la raison des chiffres.
Un debriefing à œillères

Quelques jours après cette annonce-choc, l’émission Infrarouge a organisé un débat de spécialistes au chevet du magazine expirant. Après l’avoir porté à bout de bras pendant quinze ans, son éditeur Ringier (allié à Axel Springer) a donc fini par le lâcher. Parce qu’il «ne reflète plus l’air du temps», estime Tibère Adler, l’ex-patron d’Edipresse. Alain Jeannet, le rédacteur en chef, pense que si le magazine a tenu si longtemps, ce n’est pas malgré son positionnement de gauche, mais grâce à ses «valeurs», à sa «vue de la société qui n’est pas forcément majoritaire». Tenir si longtemps avec des positions aussi marginales était carrément un «petit miracle», comme les intervenants ont proclamé à l’unisson.

A cet instant précis, le spectateur attentif pourrait se poser des questions. Quel est alors ce magazine ou ce journal non nommé qui correspondrait à une vision de la société «majoritaire»? Comment? Il n’existe pas? Mais pourquoi? Au lieu d’éponger quinze ans durant les pertes d’un magazine représentant des idées sans appui, ses éditeurs n’auraient-ils pas eu l’idée de le recadrer, voire de créer un titre non concurrent mais complémentaire, adressé justement à cette opinion «majoritaire» que L’Hebdo dédaignait? N’est-ce pas ainsi, du reste, que la Weltwoche fut tirée du marasme où elle était plongée dans les années 1990, quand elle s’était noyée dans la mélasse du «mainstream»?

L’appel de cette opinion dédaignée est pourtant bien réel. Il s’exprimait jusqu’au cœur même de l’émission, par la voie du canal des téléspectateurs, la «Parole citoyenne». Laquelle parole exprime avant tout le rejet du «politiquement correct» et la méfiance quant au contenu même de l’offre, ce contenu qu’on se refuse absolument à mettre en question. «Actuellement, la presse ne sert plus à rien, mis à part à faire peur et embobiner les gens», clamait ainsi la voix du peuple.

Mais il n’y avait personne pour l’entendre. La cause était entendue d’avance. L’Hebdo est tombé victime du «changement des habitudes de consommation de l’information» (Jeannet), nullement de l’inadéquation de son offre ni de l’incompétence de ses responsables.

Comme il est de rigueur par les temps qui courent, il fallait un «expert» pour légitimer l’autisme du milieu. Le Monsieur Loyal désigné était un professeur en «sciences de la communication» de l’Université, Patrick-Yves Badillot. Lequel nous a servi les évidences de service — érosion des lecteurs et effondrement de la publicité — qu’on connaît sans forcément être payé 15 ou 20 briques par mois. Sans oublier la vague inquiétude sur la qualité du débat démocratique et l’avenir de la démocratie: «Chaque fois qu’un journal disparaît, la qualité de l’information s’érode aussi». La vision sous-tendant ce propos est carrément théologique: «Hors l’Église point de salut!» Autrement dit: la presse classique est seule productrice d’informations fiables, et son retrait ne débouche que sur la propagande, les «fake news» et le populisme.

Le fait qu’il n’y ait eu, durant toutes ces années où L’Hebdo régna sans partage sur la culture politique en Suisse romande, aucun contrepoids au discours gauche bobo sur le marché suisse francophone, ou le fait que ce magazine encore un peu diversifié ait été sacrifié à la survie du politburo globaliste régional, à savoir le quotidien de censure Le Temps, semblent totalement échapper à la conscience de nos experts et à leur analyse. C’étaient pourtant, me semble-t-il, des données fondamentales du problème. Un public ulcéré par le mépris des journalistes, lassé d’une vision du monde systématiquement biaisée où il ne se reconnaissait pas, s’est naturellement détourné de cette presse de prêchi-prêcha et s’en est allé chercher son bol d’air frais dans l’anarchie de l’internet et des réseaux sociaux. Et les publicitaires, sans états d’âme, lui ont emboîté le pas.

Ceci n’est pas une explication exhaustive, mais au moins un paramètre de l’équation. Le paramètre, justement, qu’on a voulu éluder. En prétendant, notamment, que la désaffection de la «presse papier» était purement une affaire technique, un progrès inéluctable et sans retour vers le virtuel. Comment expliquer alors la vive résistance et même la remontée du livre papier par rapport aux e-books?

Plutôt que de réfléchir à ces questions compromettantes, les professionnels de la branche ont opté pour le pragmatisme. Les journalistes, espèce menacée, en réclamant leur mise sous protection de l’État (Ah! Ces veinards de collègues de la SSR qui profitent de la redevance universelle et obligatoire). Les éditeurs, en «diversifiant leurs sources de profits».

On nous a donc révélé que l’idéaliste Ringier, qui se présente par ailleurs comme un «collectionneur d’art zurichois» et non comme un requin d’affaires, a racheté d’innombrables sites utilitaires du type petites annonces et que son grand concurrent suisse Tamedia a fait de même. Des activités sans rapport avec l’édition, mais qui ont l’avantage de recapter cette même manne publicitaire qui a fui la presse. Autrement dit, les propriétaires de journaux eux-mêmes accélèrent l’agonie de leurs «fleurons» sur qui l’on verse ensuite des larmes de crocodile en invoquant la mise en danger du débat démocratique que ces mêmes «fleurons» se sont employés à censurer, canaliser et émasculer.

Tel est donc, au sortir de cette semaine funeste, le paysage après la bataille dans une des régions les plus riches du monde occidental. Et la perspective n’est guère plus entraînante. Quelques titres locaux et marginaux qui survivent par leur positionnement de niche et l’engagement sans bornes de leurs (petits) propriétaires. Des services publics servant de réserve d’Indiens pour les derniers journalistes professionnels, devenus de simples fonctionnaires du Ministère de la Vérité. Et un magma de publications internet plus ou moins fiables, plus ou moins orientées, plus ou moins rentables.

Est-ce vraiment la seule musique d’avenir pour ce pays qui a jadis servi de refuge et de dernier recours pour la vie intellectuelle en Europe?
Un antécédent exemplaire

A priori, cette triste affaire pourrait n’avoir qu’un intérêt régional. Mais l’affaire L’Hebdo n’est qu’un résumé en petit de l’assassinat du métier de journaliste par ses protagonistes mêmes.

Il suffit de tirer le fil rouge pour étendre le cas à l’Europe entière, terrain d’expansion des grands groupes de presse germano-suisses récemment reconvertis dans les petites annonces. Ainsi notre «collectionneur d’art zurichois», M. Ringier, s’est-il intéressé, ces vingt dernières années, à la presse dans les pays de l’Est. Dans la Serbie ruinée, il a racheté à bas prix le quasi-tabloïd Blic, puis son opposé diamétral le magazine NIN (Nedeljne informativne novine, «Journal d’information hebdomadaire»).

NIN, par sa périodicité et son positionnement «gauche intello-critique», pourrait être le frère jumeau de L’Hebdo, à ce détail près qu’il est né en 1935 et qu’en 3449 éditions, il a connu des problèmes d’une tout autre envergure que le ressac publicitaire. NIN, c’était, dans la Yougoslavie socialiste, le pôle le plus lu et le plus respecté de la pensée libre. C’était une institution du journalisme indépendant, au même titre et plus encore que le Canard enchaîné en France.

De quelle liberté la pensée pouvait-elle disposer dans un système totalitaire, me demandera-t-on? Eh bien, à voir le destin de ces deux demi-frères de la presse Ringier, il y a de quoi dissiper certaines idées toutes faites.

Le NIN d’avant Ringier était rompu aux luttes idéologiques. Il avait été interdit, mis sous tutelle, connaissait censures et contrefeux. Ses journalistes maniaient l’ironie, le sous-entendu et l’antiphrase, se jouant des règles du «politiquement correct» avec l’assentiment passif d’un pouvoir démonétisé.

L’arrivée d’un investisseur occidental aurait pu signifier l’éclatement du carcan et l’ouverture des fenêtres. La réalité fut exactement inverse.

En septembre 2009, peu de temps après leur rachat, le collectif des journalistes de NIN adressait une lettre solennelle à Michael Ringier dénonçant l’assassinat de leur titre.

Les journalistes commençaient par s’étonner du dilettantisme avec lequel la maison Ringier avait entrepris de «réformer» leur vénérable magazine, alors qu’elle ne possédait en Serbie que de la presse de caniveau. Puis ils décrivent une évolution cauchemardesque.

«Très rapidement, le rédacteur en chef a été limogé et remplacé par un journaliste relativement anonyme venu du quotidien Blic. Cette relève s’est faite pratiquement de nuit, sans un seul mot d’explication ou un communiqué pour les lecteurs…»

S’ensuit la description, dans un langage peut-être un poil trop riche pour la compréhension de M. Ringier, d’une suite d’«innovations» barbares, mufles et par-dessus le marché incompétentes, témoignant de méconnaissance (et de désinvolture) tant à l’égard du public que du métier.

Comme ailleurs, la politique de l’éditeur occidental aura été de simplifier la pensée, abrutir («dumb down») le contenu, «optimiser» les processus, notamment en remplaçant des professionnels chevronnés par des «blancs becs» arrogants venus du monde du tabloïd. Bref, la raison commerciale remplaçant l’éthique journalistique. Résultat:

«Après seulement quelques numéros, la qualité du NIN s’est effondrée au niveau le plus bas de ces dernières décennies, comme en témoignent les avis des collèges d’autres médias, mais également les nombreuses réactions négatives de nos lecteurs du pays et de l’étranger.»

Il fallait le faire, après 40 ans de communisme et une décennie de «dictature» sous Milošević… Concrètement, cela donne:

«Les thèmes sont mal choisis, les journalistes se voient imposer des listes d’interlocuteurs obligatoires, aucune conception rédactionnelle n’est discernable, en un mot, le NIN n’est plus aujourd’hui qu’un navire sans barreur. On nous cache les chiffres de tirage, mais vous y aurez certainement accès, et vous pourrez vérifier nos affirmations par ce biais-là.»

Et la lettre se termine par une mise en garde solennelle qui devrait résonner en2017 jusque dans les oreilles des collègues suisses — du moins ceux d’entre eux qui ne sont pas sourds par métier:

«Monsieur Ringier, vos gens en Serbie, avec ou sans votre connaissance et votre incitation, vont détruire l’hebdomadaire NIN. Si cela arrive, votre capital en souffrira, mais également, et c’est bien plus important, votre réputation dans toute cette région où vous avez des affaires variées. Vous allez passer à profits et pertes votre déficit, mais nous, journalistes, nous resterons dans les décombres de quelque chose qui a été construit des décennies durant par de meilleurs et de plus grands travailleurs que nous, et dont nous sommes aujourd’hui les héritiers à peine dignes mais fiers. Et — si quiconque s’en soucie encore — les principales victimes seront nos fidèles lecteurs…»

Ayant invité leur patron à venir voir par lui-même les dégâts et à remettre en selle le magazine avec des gens compétents, les journalistes concluaient lugubrement:

«Faute de quoi, vous risquez de rester dans les mémoires comme l’homme qui a contribué à détruire une tradition fascinante du journalisme en Serbie.»

Voilà qui est fait! Ringier n’a pas eu l’élégance du torero qui eût consisté à proprement achever le meilleur newsmagazine des Balkans. Il a fait pire: pour la première fois de sa longue existence, il l’a contraint à se plier au «politiquement correct» par un autoritarisme sec et sans appel jamais vu sous ces latitudes. Il l’a raboté, lissé et ravalé au rang du tout venant. NIN existe encore, mais au milieu d’une offre variée où des magazines indépendants sont plus audacieux, plus véridiques et plus engagés, et surtout plus lus. Paradoxe dans un pays où le revenu moyen est au dixième de celui de la Suisse!

Les journalistes qui lisent cet article feraient bien de se faire traduire l’intégralité de la lettre de leurs collègues serbes. Ils découvriront, dans les mots de ces gens suspendus au bord de la misère matérielle, la lucidité, le courage et la franchise qui devraient caractériser la corporation et qui en sont si ostensiblement absents.

Ils y découvriront surtout la recette du brouet insipide et infect dans lequel ils vont bientôt tous mijoter. La mode des smartphones et des réseaux sociaux a bon dos, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec ce bain-là.
CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe
Une autre terre promise

« Erich Maria Remarque, ça vous dit quelque chose? ». J’ai posé cette question à différentes personnes ces derniers jours. Généralement, la réponse a été: « Euh non, pas vraiment». Seconde question: «Et À l’Ouest rien de nouveau), ça vous dit quelque chose? ». Réponse: « Ah oui, bien sûr». En effet, ce best-seller de la fin des années 1920 est étudié dans les collèges ou lycées depuis des décennies et a laissé des traces dans l’esprit de nombreux lecteurs. Mais la célébrité du titre a fait oublier le nom de son auteur, injustement connu de beaucoup pour ce seul livre, alors qu’il en a écrit plus d’une douzaine. C’est souvent la double caractéristique des ouvrages étudiés dans les écoles: l’auteur disparaît derrière le livre étudié, qui lui-même occulte le reste de l’œuvre de l’auteur.

Erich Maria Remarque, né à Osnabrück en 1898, connut la Première Guerre mondiale comme simple soldat. Il y fut blessé par des éclats d’obus. Démobilisé en 1919, il devient d’abord instituteur pour une courte période, puis exerce différents métiers jusqu’en 1922, où il devient journaliste sportif. C’est en 1927 qu’il commence l’écriture d’_À l’Ouest rien de nouveau._ D’abord refusé (certains éditeurs pensent que beaucoup de choses ont déjà été publiées sur la Première Guerre mondiale, et que dix ans après, ma foi, le sujet n’intéressera plus personne…), il est finalement publié par Ullstein en 1928, et connaît un succès mondial immédiat, succès confirmé par son adaptation cinématographique en 1930. Lors de sa sortie en Allemagne, le film fait l’objet d’émeutes dans les cinémas, organisées par Joseph Gœbbels. À la suite de quoi le film sera interdit en Allemagne. Très critiqué par les nazis de par le caractère profondément pacifiste de son livre, Remarque quitte l’Allemagne en 1933 pour la Suisse, où il a acquis deux ans plus tôt une maison à Porto Ronco, dans le Tessin, sur les rives du Lac Majeur. À l’Ouest rien de nouveau figure parmi les livres victimes d’autodafé cette même année. En 1938, Remarque est déchu de sa nationalité allemande. En 1939 il émigre aux États-Unis: avec la déclaration de la guerre, il n’est pas convaincu que les nazis respecteront la neutralité de la Suisse et choisit de quitter l’Europe. Il obtient la nationalité américaine en 1947. Il revient s’installer en Europe en 1960 et mourra à Locarno en 1970.

Les Éditions Stock viennent de publier un inédit, Cette terre promise, l’ultime livre écrit par Remarque et publié en allemand bien après sa mort, en 1998. Cette terre promise, ce n’est pas Eretz Israël, mais les États-Unis. Le narrateur, Ludwig Sommer, émigre aux États-Unis à l’été 1944. D’abord retenu à Ellis Island, comme tous les émigrés en attente d’un permis de séjour, une fois ce dernier en poche il peut rejoindre New York. Il a un vrai passeport, mais ce n’est pas le sien: son ami Ludwig Sommer, à qui par chance il ressemble, le lui a donné avant de mourir. Il devient donc juif de par son passeport alors qu’il ne l’est pas. Ce sont ses premiers mois dans le monde new-yorkais des réfugiés de tous horizons que se déroule l’histoire.

À la fois drôle par le regard que porte le narrateur sur cette Amérique qu’il découvre, si différente de l’Europe sous la coupe des nazis qu’il a connue, et hanté par les souvenirs de son errance dans cette Europe où il était pourchassé, le résultat est très touchant et très émouvant. Sans doute aussi parce que c’est un roman inachevé. On sent que s’il avait pu le terminer, il aurait été parfait. Ce n’est pas le cas. Mais un peu comme une sculpture inachevée d’un Rodin, par exemple, peut nous toucher par ce qu’elle recèle de potentiel, ou de perfection pressentie, davantage qu’une œuvre terminée et parfaite, qui en raison de sa perfection même nous échappe en quelque sorte, devient inaccessible, je dirais même «déshumanisée» car parfaite, justement, le roman de Remarque prend du relief et de la puissance par son inachèvement. Inachevé, certes, mais copieux tout de même: 450 pages, auxquelles s’ajoutent les notes qu’il avait prises pour rédiger la fin de l’histoire. On pénètre ainsi dans l’atelier de l’écrivain, où l’on découvre les différents scenarii qu’il envisageait pour terminer ce roman, comme des esquisses pour un peintre.

Sa lecture m’a inspiré le dicton suivant: « Mieux vaut un excellent roman inachevé d’un grand écrivain, plutôt qu’un mauvais roman complètement achevé d’un écrivaillon de seconde zone! »
ENFUMAGES par Fernand Le Pic
Le balayeur de la mosquée de Québec

Le premier ministre canadien Justin Trudeau aime l’islam, ses rites et ses mosquées.
Trudeauslamisme
Trudeauslamisme

Les images de son accomplissement du rite islamique en 2013, à la grande mosquée de Calgary (tenues par les Frères musulmans) et vêtu d’un qamis traditionnel, ont fait le tour du monde. On l’a d’ailleurs revu plusieurs fois en pâmoison islamique, le plus récemment en septembre 2016 à Ottawa cette fois. Libre à lui.

Aussi, lorsque la Mosquée de Sainte-Foy est mitraillée, il crie tollé: honnie soit la phobie de l’islam!

Sauf que le mitrailleur cagoulé, celui que tous les témoins de la première heure ont parfaitement entendu, cria son célèbre schlachtruf: « Allahu-Akbar ».

Pour ces mêmes témoins des premières heures, le mitrailleur avait un complice lui aussi cagoulé et qui fut arrêté le premier: un Marocain du nom de Mohamed Khadir (ou Belkhadir, selon les sources). Le mitrailleur, celui qui lança son cri de guerre donc, se livra toutefois rapidement à la police. On découvrit un jeune québécois pur jus de 23 ans, du nom d’Alexandre Bissonnette.

Attendez… s’il vociféra ses Allahou-akbar, c’est qu’il avait quelque chances d’être un converti frais émoulu, non ?

Oui mais le problème, c’est que ça ne collait plus du tout avec les indignations de Justin-le-Tolérant!

Si un Marocain musulman et un Canadien converti mitraillaient une mosquée, c’est qu’il s’agissait d’un règlement de compte entre coreligionnaires et non plus d’islamophobie. De quoi provoquer une islamoplexie aigüe dans les neurones de tolérance de notre ami Justin!

Et c’est là qu’un basculement informationnel massif s’opèra sans que personne (ou presque) ne le relevât.

Mohamed Khadir devint subitement un «témoin» qui «nettoyait les marches devant la mosquée» et plus-pacifique-que-lui-tu-meurs! Même qu’aux journalistes qui l’ont interviewé en voix déformée « pour des raisons de sécurité », il déclara ne pas du tout en vouloir à la police pour l’avoir gardé 24 heures à la question… Plutôt rare. On a vu des banlieues mises à feu et à sang pour moins que ça.

Quant à Bissonnette, on s’empressa de clore son compte Facebook et de le présenter comme un militant d’extrême droite admirateur de Trump et de Marine Le Pen.

Ah, là tout allait beaucoup mieux, on avait enfin l’horrible acte islamophobe dénoncé par Justin-le-Tolérant.

Que la réalité peut avoir tort parfois!
Main courante
VACCIN ANTIGRIPPE | Trump dénonce l’«arnaque du siècle»

Le nouveau président américain met en garde contre les vaccins contre la grippe qui, dit-il, sont la plus grande «arnaque» de l’histoire médicale.

Avec cette prise de position, Trump n’a ouvert qu’un œil sur les abus du marché médical, mais il ferait bien d’ouvrir le deuxième sur d’autres traitements, qui participent tout autant à l’explosion des coûts de la santé, qui sont toxiques, et qui mériteraient davantage le qualificatif de plus grosse arnaque de l’histoire de la médecine, mais là n’est pas notre propos d’aujourd’hui.

Rappelons que la majorité des décisions médicales sont prises dans des conditions d’incertitude (difficile, le métier de médecin sous l’épée de Damoclès des avocats!) et avec la nécessité d’estimer la probabilité d’un événement et les effets d’un traitement.

Face à ces incertitudes (diagnostiques et thérapeutiques), mais confronté à l’obligation de faire un choix, le médecin doit s’appuyer sur ses connaissances, son expérience, mais surtout sur l’évidence scientifique, c’est-à-dire sur ce que concluent les études censées répondre à la question posée. Or, la littérature médicale, jamais contrôlée par une instance de validation (quel scandale!), regorge d’études mal conçues, de résultats erronés, pour ne pas dire artificiellement fabriqués… La loi du marché justifie toutes les dérives.

Dans ce marécage d’informations discordantes, l’ordre ne peut venir que d’une analyse objective de toutes les études pertinentes publiées. C’est le but de la collaboration (réseau) Cochrane, collaboration indépendante et à but non lucratif, qui est devenue la référence absolue en matière de preuves scientifiques.

Et que disait la Cochrane sur la vaccination contre la grippe en 2010 déjà, avis reconfirmé en mars 2014? Elle disait que:

« les vaccins antigrippaux ont un effet très modeste sur la réduction des symptômes grippaux et le nombre de jours de travail perdus dans la population générale, y compris les femmes enceintes. Aucune preuve de l’association entre la vaccination contre la grippe et les événements indésirables graves n’a été trouvée dans les études comparatives prises en compte dans la revue. Cette revue inclut 90 études, dont 24 (26,7 %) étaient financées totalement ou partiellement par l’industrie. Sur les 48 ECR, 17 ont été financés par l’industrie (35,4 %).»

Tout est dit.

La Cochrane, bien avant Trump, et sur la base des études publiées, relativisait énormément l’efficacité de cette vaccination… En l’occurrence, donc, le turbulent chef d’État vise manifestement juste. Les millions dépensés pour cette vaccination, comme pour d’autres vaccinations et d’autres traitements mériteraient de servir des causes bien plus importantes.
Mais encore:
DELIRE | USA, retour à la mère Europe?
MŒURS | La nouvelle automutilation à la mode
EUROPE | Ils émigrent… d’Ouest en Est
EPOQUE | Le QI s’effondre en Occident
INTERNET | Un fouineur bien élevé?
PEOPLE | David Beckham, humanitaro-tartuffe

log.antipresse.net. Ah! Si les médias vous parlaient de tout ça…
On nous écrit…

Notre ami Odilon, lecteur catholique fervent, nous a écrit une mise au point sur la question religieuse suite aux allusions ironiques quoique bienveillante que nous avons publiées ces derniers temps au sujet de l’Eglise catholique. Nous relayons sa lettre sans commentaire: à chacun de se faire une opinion.
Orthodoxie et romanité

Un de mes jeunes amis, après un voyage en Russie, a retrouvé le chemin de l’église. Pourquoi? Il a été impressionné par ces nombreux Russes de tout âge qui remplissent à nouveau les églises. Elles poussent là-bas comme des champignons. Oui, un bon vent souffle de l’Est. L’ours féroce, qui durant les terrifiantes années du communisme, avait dévoré à pleines dents les chrétiens, s’est mué en un ours chevaleresque. Il n’y a qu’à voir l’œuvre efficace de Poutine en Syrie. En brisant l’étau du terrorisme islamiste, il sauve non seulement les musulmans modérés, mais aussi les chrétiens d’Orient, victimes une fois de plus du fanatisme mahométan. Cher Vladimir, franchement: j’admire votre politique.

Mon frère pourrait me dire: «T’es complètement envoûté par la Russie. Je sais qu’enfant t’étais débordant d’enthousiasme pour Michel Strogoff; plus tard t’as dévoré les trois tomes du Drame des Romanov de Michel de Saint Pierre. Puis, quand la politique te monta au cerveau, t’as englouti les énormes pavés de Soljénitsyne. A la même période, t’étais capable d’écouter pendant des heures les Chœurs de l’Armée rouge… – Tu as raison, je reste fasciné par la culture traditionnelle russe. Et même, du point de vue religieux, je suis ébloui par la Russie chrétienne, par ses icônes, par ses liturgies sublimes, par la spiritualité au parfum d’encens de ses vieux starets, j’ai lu avec délectation les Récits d’un pèlerin russe. La joie parfaite? Comme je me pique un peu de théologie, il y a tout de même des ombres au tableau: la Russie est orthodoxe et moi catholique!»

Que signifient ces deux mots qui sentent bon le grec? «Orthodoxe» c’est orthos et doxa: la droite doctrine. «Catholique» signifie universel. Au-delà des mots, il y a, d’un côté l’Église catholique, cette société fondée par Jésus lui-même. On l’appelle aussi «l’Église de Pierre» parce que Jésus a dit à cet Apôtre: « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux.» (Mt 16, 18-19) Après sa résurrection, le Christ dit au même Pierre: « Pais mes agneaux, pais mes brebis» (Jn 21, 15-17), il lui confie l’ensemble du troupeau chrétien. Il en est le berger, le chef. Bien sûr, ces moutons restent ceux de Jésus qui les a rachetés. Pierre exerce son autorité comme représentant visible du Bon Pasteur. Tout naturellement, comme l’Église du Christ devait traverser les siècles, ce rôle de Pierre devait passer à ses successeurs: la longue série des papes jusqu’à François. Le Nouveau Testament atteste cette primauté de Pierre; on voit que Pierre préside le Concile de Jérusalem. Ses successeurs, sans protestation, interviennent dans les affaires ecclésiales en Orient comme en Occident. Leur mission universelle est reconnue par les grands phares de la théologie que sont les Pères de l’Église: Athanase, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome parlent de l’Évêque de Rome comme du chef de l’Église universelle.

Au cours des siècles, une malencontreuse rivalité politico-culturelle entre l’Orient et l’Occident va frayer la voie à une division dans la chrétienté. Passant les détails, il y a une première échauffourée au IXe siècle avec le patriarche de Byzance Photius. La déchirure (le schisme) est hélas consommée en 1054 avec Michel Cérulaire, violemment hostile à l’Église romaine. La Russie, prise dans le rayonnement culturel de Byzance, glisse aussi peu à peu dans le schisme que des pessimistes pourraient croire définitif. Pas du tout! Au Concile de Lyon (1274), puis à celui de Florence (1439), les délégués de l’Orient, avec à leur tête l’empereur de Constantinople, proclament officiellement la réunion avec Rome. Malheureusement, la masse du clergé et du peuple, insuffisamment éclairée, fait de la résistance. La chute tragique de Constantinople sous les cimeterres ottomans en 1453 n’arrange rien, puisque les sultans, machiavéliquement (diviser pour régner), favoriseront au maximum le schisme anti-romain.

Au XIXe siècle: nouveau rebondissement. Un certain nombre de Russes, surtout dans la noblesse, deviennent 100 % orthodoxes… en se faisant catholiques. Parmi les plus fameux: Mme Swetchine, la «madame de Sévigné russe», le prince Yvan Gagarine, qui créera la bibliothèque slave de Paris, la princesse Elisabeth Galitzine qui, une fois religieuse, évangélisera avec tendresse les Indiens d’Amérique. Enfin, la délicieuse Sophie Rostopchine, filleule du tzar; devenue Comtesse de Ségur, elle sera la créatrice du roman enfantin. Rien de puéril pourtant dans la conversion de ces éminents fils de la Russie: ils ont simplement compris qu’il n’y a qu’une Église de Jésus-Christ. Puisse leur exemple éclairer tous nos frères «orthodoxes» d’aujourd’hui. Revenant vers Rome, ils ajouteront à leur couronne le joyau perdu de l’Unité. En échange, dans le marasme moderniste qui enténèbre l’Occident, ils aideront leurs frères latins à retrouver, avec la liturgie limpide de la Tradition, le rayonnement de la foi sur la culture et la Cité.
Pain de méninges
Pour une histoire populaire

«Il serait très raisonnable de me demander pourquoi je devrais accepter, fût-ce par manière de défi, d’écrire un essai fût-il populaire sur l’histoire anglaise, moi qui n’ai pas de formation particulière et qui ne suis qu’un membre du public. La réponse est que j’en sais juste assez pour savoir une chose: qu’on n’a encore jamais écrit un livre d’histoire du point de vue d’un membre du public. Ce que nous appelons les histoires populaires devraient être appelées les histoires antipopulaires. Elles sont toutes, pratiquement sans exception, écrites contre le peuple; et soit elles ignorent le populo, soit elles démontrent qu’il a tort.»

— Gilbert Keith Chesterton, A Short History of England (passage traduit par SD)
Promotion

L’ANTIPRESSE a son dress code : un logo imprimé en lettres d’argent sur un t-shirt noir en coton organique de première qualité (voir image).

Commander sur lebookshop.net :

T-Shirt ANTIPRESSE, 30 EUR/CHF en tailles S-XXXL (Slobodan Despot, 195 cm, porte du XXL)

Offert sur demande pour tout don de 100 € et plus !

Rappel

L’ANTIPRESSE est totalement indépendante. Si cette lettre vous plaît et si elle vous est utile, n’oubliez pas de la soutenir par un don !
Faire un don !
© 2017 Association L’Antipresse
Vous avez reçu ce message en tant qu’abonné(e) à la lettre d’information ANTIPRESSE.

*Vous pouvez à tout moment vous désinscrire en cliquant sur ce lien.

Courriers et dons :
IBAN CH56 0900 0000 1415 4173 2
CCP 14-154173-2

Association L’Antipresse
c/o INAT Sàrl
CP 429
Sion 1950
Switzerland

s

Publicités

Auteur : erlande

68 ans;45 ans d'expérience dans la communication à haut niveau;licencié en lettres classiques;catholique;gaulliste de gauche à la Malraux;libéral-étatiste à la Jacques Rueff;maître:Saint Thomas d'Aquin:pro-vie sans concession.Centres 'intérêt avec connaissances:théologie,metaphysie,philosophies particulières,morale,affectivité,esthétique,politique,économie,démographie,histoire,sciences physique:physique,astrophysique;sciences de la vie:biologie;sciences humaines:psychologie cognitive,sociologie;statistiques;beaux-arts:littérature,poésie,théâtre,essais,pamphlets;musique classique.Expériences proffessionnelles:toujours chef et responsable:chômage,jeunesse,toxicomanies,énergies,enseignant,conseil en communication:para-pubis,industrie,services;livres;expérience parallèle:campagne électorale gaulliste.Documentation:5 000 livres,plusieurs centaines d'articles.Personnalité:indifférent à l'argent et aux biens matériels;généraliste et pas spécialiste:de minimis non curat praetor;pas de loisirs,plus de vacances;mémoire d'éléphant,pessimiste actif,pas homme de ressentiment;peur de rien sauf du jugement de Dieu.Santé physique:aveugle d'un oeil,l'autre très faible;gammapathie monoclonale stable;compressions de divers nerfs mal placés et plus opérable;névralgies violentes insoignables;trous dans les poumons non cancéreux pour le moment,insomniaque.Situation matérielle:fauché comme les blés.Combatif mais sans haine.Ma devise:servir.Bref,un apax qui exaspère tout le monde mais la réciproque est vraie!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s